Métiers de l'énergie
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MÉTIERS DE L’ÉNERGIE
Le futur est déjà présent. Il l’est depuis longtemps. L’énergie dépensée pour en parler aujourd’hui démontre qu’on en reparlera. Oui, il faut parler de l’énergie aux jeunes générations. Il faut la leur présenter sous ses diverses formes et dans ses transformations de l’une en l’autre. Il faut leur faire comprendre que chacune de ces formes n’a d’autre noblesse ni d’autre indignité que celle de l’usage qu’on en fait. Aucune ne doit être négligée ou condamnée au seul regard des savoir-faire d’aujourd’hui.
Même ceux qui affectent de mépriser la matérialité des choses doivent savoir qu’il est dans la nature de l’énergie d’évoluer spontanément vers sa forme d’énergie thermique qui n’est guère qu’une agitation mécanique « dé-coordonnée ». Nul ne doit ignorer que, même avec ses ordinateurs, le roseau pensant est un grand dé-coordonateur d’énergie.
La question énergétique se niche partout. Tous les grands systèmes construits par l’homme en sont tributaires, comme le montrent l’habitat, l’urbanisme, les transports, les établissements hospitaliers, la production d’objets matériels, la transmission et le traitement d’information, les loisirs.
L’énergie est une confluence de toutes les réalisations humaines.
Toutes ses sources méritent attention, appellent des recherches appropriées. Pour chacune, il faut déployer et maîtriser une grande diversité de sciences, de techniques et de métiers afin de produire, transformer, stocker, distribuer, utiliser, gérer, vendre, acheter, financer, répartir les ressources et les moyens de sa mise en œuvre.
Chacune de ces interventions nécessite de développer, de diffuser des savoirs et des savoir-faire spécifiques, de distinguer les spécialités professionnelles, de répartir les tâches, de coordonner et d’organiser les métiers.
Chaque source d’énergie, chaque processus de transformation a ses caractéristiques, ses domaines d’emploi, ses immensités, ses limites, ses nuisances, ses risques.
Géographie, biologie, physique, chimie, thermodynamique, aérodynamique, mécanique des sols, des solides et des fluides, ingénierie générale et spécialisée, informatique, économie, la liste est longue de toutes les disciplines qu’il faut maîtriser ou dont il faut avoir au moins un minimum de culture à tous niveaux professionnels. C’est tout autre chose de faire de la prospection géologique pour trouver et exploiter du pétrole, du gaz, des matières fissiles, des sites propices à la géothermie.
Ce sont des techniques très différentes qui permettent de capter l’énergie hydraulique selon qu’il s’agit d’un lac de barrage ou de courants sous-marins.
Certes il existe des parentés entre les différents domaines à commencer par les unités de mesure, la notion de rendement, la conduite des grands sites de production et de leurs systèmes de commande, de contrôle et de sécurité. Cette remarque vaut pour tous les types de centrales, nucléaires ou autres. Elle vaudra pour les installations agricoles qui, au titre de l’autonomie énergétique, tendent à se transformer en authentiques usines à gaz. Le développement des « usines » de bio gaz et des « fermes »éoliennes, bizarrement nommées, appellent acquisition et large diffusion de nouveaux savoir-faire pour concevoir, mettre en œuvre et assurer la maintenance d’équipements dispersés.
À tous les niveaux d’organisation des entreprises, l’encadrement et les opérateurs humains doivent être préparés à leurs tâches spécifiques. On mesure mal la difficulté de dispenser la culture générale et les connaissances spéciales nécessaires pour suivre l’évolution des techniques et s’adapter aux nouveaux générateurs. Nul tronc commun ne saurait assumer tous les enseignements et recyclages nécessaires à chacun des secteurs spécialisés qui doivent toujours coopérer, parfois cohabiter.
C’est un défi d’organiser l’enseignement et l’orientation de manière telle qu’on puisse entrer dans la vie active à différents niveaux. Comment pourrait-on, avec des cursus omnibus, faire en sorte qu’un parcours, qui doit être un tout pour les uns, soit un début pour d’autres ?
La seule question énergétique montre l’impérieuse nécessité de remettre... sur le métier, l’ouvrage de tout notre système d’enseignement, de formation et d’orientation.
Aurons-nous la volonté et l’énergie nécessaires pour entreprendre et conduire à bien la «longue et lourde tâche» qui pourrait nous extraire de la routine ?
Les embarras et les querelles du présent nous en font douter. L’avenir le dira.
Pierre Auguste
Le 1er février 2012















