Métiers

ARTISANS ET ARTISANAT


L’artisanat se veut et se proclame « premier employeur de France ». Non sans justes raisons. L’artisanat est un statut conféré par l’inscription au registre des métiers. Notre propos n’est pas d’aborder ici ce vaste secteur professionnel sous ses aspects juridiques et statutaires qui tantôt précisent mais aussi obscurcissent et figent toutes choses.
Les réalités fonctionnelles et les perspectives d’évolution nous paraissent essentielles.
L’artisanat veut être reconnu et apprécié du public pour la variété de ses métiers, la qualité de ses productions, le sérieux et l’indépendance de ses travailleurs.
Ses efforts de communication sont parfois contrariés par certaines pratiques, sporadiques certes, mais préjudiciables à chacune des professions. On est souvent trahi par les siens.
Il ne s’agit pas d’instruire un procès. Toute personne d’expérience pourrait citer des motifs d’insatisfaction laissés par certains artisans. Il y a ceux qui sont plus prompts à enregistrer les commandes qu’à les satisfaire. Il y a les briseurs de rêves de rénovation qui établissent des devis-devinettes moins précis et moins exhaustifs que leurs factures-surprises agrémentées de suppléments que le client croyait compris dans le forfait. Il y a les approximatifs dont l’art et les moyens techniques ne sont pas à la hauteur des espérances et des promesses.
Tous ceux qui se reconnaissent et se présentent sous la noble bannière de l’artisanat ont intérêt à s’organiser, non pour défendre collectivement, juridiquement, statutairement, leur profession mais pour en améliorer l’exercice pratique.
La formation professionnelle, le perfectionnement des techniques, l’adaptation des moyens, l’adoption des meilleures méthodes, la loyauté des négociations, le respect des engagements sont les gages de la qualité, la garantie de la pérennité de l’activité.
Tel est rapidement esquissé ce que l’on pourrait appeler le programme minimum.
Mais les artisans et l’artisanat peuvent sans doute plus et mieux faire.
À travers les lucarnes professionnalisées que sont nos sites nous observons jour après jour la conjoncture économique, la marche des entreprises, le marché du travail, les attentes des clients potentiels, les aspirations des travailleurs. Nous avons acquis le sentiment que l’artisanat pourrait non seulement se tailler une plus vaste place dans l’économie générale mais pourrait être à la fois le naissain, la structure élémentaire, la base, de l’économie future.
C’est tout un monde de diversité qui rapproche un peu arbitrairement des métiers aussi différents que la plomberie, la lutherie, la pâtisserie et autres activités riches de techniques, de savoir-faire, d’outils, de vocabulaires, de mentalités spécifiques.
Chaque métier s’insère dans des chaînes de production qui lui sont propres. Chacun doit y trouver sa place, participer à la définition de l’ouvrage et des projets auquel il sera associé, assumer des tâches qui lui seront imparties en temps et lieux opportuns.
On connaît cette fière réponse faite par un tailleur de pierre du moyen-âge à un « grand » qui visitait un chantier. Et toi que fais-tu ? Moi je construis une cathédrale.
L’artisanat est parcellaire et doit s’intégrer à des ouvrages plus globaux.
Un grand nombre d’artisans ont aussi pour vocation d’étendre leur production en volume et en diversité.
Le moins que l’on puisse demander, aux pouvoirs publics est de ne pas les contrarier, aux organisations professionnelles de ne pas vouloir les retenir en leur giron.
Il faut bien au contraire favoriser la croissance des entreprises artisanales et encourager la mutation de celles qui le peuvent vers l’industrialisation de leur activité par l’investissement, le recrutement, l’organisation du travail.
Au lieu de pourchasser comme des « gazelles » les entreprises qui réussissent pour les taxer on pourrait plutôt les aider à progresser par des allègements fiscaux soumis à condition d’auto investissement et de croissance.
Les capitaux et les entreprises doivent bénéficier d’une politique à long terme, « pro nataliste », développée à l’abri du népotisme, du copinage, de l’arbitraire, de l’envie.
Mais avant d’en arriver là il faudra convaincre le peuple souverain qu’il n’enrichira pas son économie en appauvrissant les agents économiques. Et surtout pas les productifs.

Pierre Auguste

Le 17 juin 2009